Archives de catégorie : Pays des Brumes

Vouive – PA§Prologue

Ios était née à l’heure du serpent, dans la tribu de la grève brisée, c’était un signe de bonne fortune pour sa vie à venir. Fille de l’Actal, elle partait déjà du bon pied dans la vie, mais cela engendra, au fur et à mesure qu’elle grandissait, des jalousies des autres filles de la tribu. Sa beauté était aussi hypnotique pour les hommes que le son de flûte de la Vouive pour les serpents. Plus ses formes se faisaient présentes sur son corps, plus les hommes se faisaient présents autour d’elle ; et cela ne fit qu’attiser la jalousie de certaines.

Ios aimait à se promener le long de la grève, à regarder les hommes et les femmes de la tribu tendre les filets, à sentir les embruns portés par le vent finir leur course sur ses joues rosies par cette légère agression. Elle n’entendit pas les pas précipités arrivant sur elle, absorbée qu’elle était par ce spectacle à la fois anodin mais sublime à ses yeux ; mais elle sentit la violence avec laquelle on la poussa de la falaise. Elle glissa, tête la première, le long de la grève et de ses rochers acérés, elle laissa des parties de son visages sur les tranchants, et lorsque la chute s’arrêta, la nuit l’avait déjà engloutie.

Ios se réveilla, tenta d’ouvrir les yeux mais une mais une main se posa sur les siennes.

« Ne touches pas, mon enfant, tu risquerais d’ouvrir de nouveau tes plaies. Mes serpents m’ont appelée et t’ont veillée ; certains ont même donné leur peau pour tes plaies. Ils font maintenant partis de toi. Je vais t’apprendre à voir grâce à eux. »

Dans la nuit qui suivit le charme du Mixcoalt par Ios, deux très belles jeunes femmes mourraient, attaquées par des serpents, elles avaient sûrement dû gravement contrarier les dieux.

Echange – PA§Prologue

Le soleil n’était pas encore apparu que déjà Yohwann préparait son équipement dans la brume éternelle du volcan. Il vérifiait son filet, ses hameçons, son coutelas comme son père avant lui et le père de son père. Et maintenant il était lui-même en train d’apprendre à son fils. Mais le temps filait, les premières lueurs commençaient à poindre, et il devait partir pour bénéficier du maximum de luminosité matinale.

Son fils l’aida à tout mettre dans son embarcation. Une fois cela effectué, Yohwann le serra si fort dans ses bras, tellement fort qu’on aurait pu croire qu’il voulait faire rentrer une partie de son fils à l’intérieur de son corps pour l’emmener avec lui. Le premier halo fit son apparition, puis la brume s’illumina, tel un manteau de lumière, montrant les récifs en ombres chinoises. Ce n’était pas la première fois qu’ils assistaient à ce spectacle, pourtant Yohwann était toujours autant émerveillé que la première fois qu’il l’avait vu avec son père. Yohwann se retourna pour regarder son fils comme si cela devait être la dernière, puis ils disparurent l’un pour l’autre dans la brume.

Yohwann revenait de sa campagne en mer, jamais n’avait–elle été aussi généreuse, il ramenait un aegriss femelle et plein apparemment. Sa femme allait avoir du travail, la tribu allait pouvoir rendre grâce, et il allait atteindre un statut plus important au sein de la tribu. Il attendit la dernière nuit devant le manteau de brume, et il rêva de sa famille…

Les premières lueurs commencèrent à crever la nuit, allumant les récifs dans des couleurs de feu, Yohwann était fatigué mais le soulagement de rentrer à terre lui conférait des réserves insoupçonnées. En approche de la côte, il commença à souffler dans la conque pour signaler son arrivée. Un soupir de soulagement lui échappa lorsqu’il aperçut des silhouettes à travers la brume. Pourtant il ne put apercevoir celle qu’il attendait le plus.

Sa femme était là, l’air grave, avec ses deux filles, la plus jeune avait les yeux rougit par les pleurs. Un étau commença à enserrer son cœur. Son fils, la chair de sa chair, avait disparu dans la brume le jour de son départ. En cet instant la brume lui avait pris beaucoup, plus que ce qu’elle lui avait donné.

Sauvetage – PA§Prologue

Illona était en pleurs, seule au milieu de cette étendue de sable, avec pour unique compagnie le bruit des vagues se brisant sur la plage. Elle connaissait les lois de la tribu, mais bien sûr de telles choses n’arrivent qu’aux autres.

Elle avait survécu, elle seule ; son frère et ses parents avaient trouvé la mort sur les récifs. Elle avait survécu pour arriver sur les rochers, secouru par les siens… dans un premier temps. Elle avait survécu pour mieux être rejetée par les siens, pour rajouter à tout le malheur qui déjà l’accablait. Elle avait survécu pour être condamnée à mourir dans le désert de sel. Mais les dieux l’avaient déjà épargnée et l’oublièrent encore une fois.

Illona était seule avec ses pleurs, et entre deux sanglots d’enfant, elle put entendre parler. De ses yeux embués, elle put apercevoir des silhouettes s’approcher d’elle. Son malheur allait-il enfin s’arrêter ?

« Ne lui faites pas peur ! » Intervint une voix chaleureuse, brisant le monde sonore qui était le sien jusqu’à présent. Et une chaleur connue l’enserra, la même chaleur que celle de son frère.

Cela fait maintenant presque dix ans qu’Illona parcours la plage pour trouver des orphelins encore en vie ; et cette petite forme sur la plage lui rappelle étrangement quelqu’un.

Journal perdu – PA§Prologue

 « C’est ma première marche en montagne, stressé et apeuré, je n’en suis pas moins émerveillé par les beautés qui s’offrent à mes yeux. Je ne me suis jamais senti autant à l’aise que dans ces montagnes.

Nous devons aller chercher un des nôtres, absent depuis deux lunes, parti explorer un des chemins les plus dangereux que l’Ordre ait pu cartographier. Le Guide de l’expédition prend grand soin de vérifier l’équipement de chacun avant le départ : masque de niarchos, outre d’eau, cartes et onguents.

L’ascension est épuisante mais peu dangereuse, le Guide prend bien soin de passer à l’écart des dangers potentiels. Je commence à sortir mon matériel et en profite pour cartographier quelques chemins.

La nuit commence à tomber et il est temps pour nous de trouver une plateforme sûre afin de monter le bivouac. Le Guide nous donne nos temps de veille, car un passeur doit toujours veiller la montagne.

Je me sens bien dans ces montagnes, j’ai l’impression d’avoir enfin trouvé ma demeure. Je ressens la montagne sous mes pieds comme si elle voulait se mouvoir. Je ressens la montagne dans mon cœur… »

Matü n’Go se tourna vers Irwin :

_ « Et c’est tout ? »

_ « Oui, Chef. Tout laisse à penser que les montagnards de Kal ont été rappelés par Georg. Nous n’avons retrouvé que ce carnet à moitié calciné sur une plaque de lave déjà froide et dure. »