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Précieux – PA§2

Nos derniers enfants jouent dans la plaine, surveillés par leurs anciens. Plus de parents, de grands frères, de grandes soeurs, tous sont tombés dans les terres arides du sud, il y a presque dix ans de cela…

Tant de morts… si peu de vivants, et pourtant, nous sommes toujours là !

Nos chevaux, notre bien le plus précieux, sont bien peu nombreux maintenant. Nos boucliers sont brisés, le vent qui souffle à nos oreilles ne rapporte plus l’exultation des batailles, mais seulement les murmures de ceux qui ont déjà rejoint le giron de Betse… et pourtant nous sommes toujours là !

La plaine tremblera à nouveau sous les pas des troupeaux que le vent ne parvient pas à doubler. Nos chants monteront à nouveau vers le ciel, défiant les étoiles et saluant la lune. Nos danses fouetteront les sangs. Nos rêves parcourent la plaine. Nul n’enferme les fils de la tempête. L’Yrail renaîtra de ses cendres !

Les yeux dans le vague, l’esprit prit dans un tourbillon de sentiments, lentement, Lanyt se leva. En quarante ans d’existence, l’homme qui fait maintenant partie des ancêtres de sa harde a vu l’espoir naître, les hommes s’agenouiller devant le réunificateur, toute la harde partie, fière et forte comme le vent de l’hiver qui fauche les moissons. Lanyt vit les terres du sud, le feu dévorer ventedru, la vague se briser face aux marais des Tourbebrune, les loups de Tombelhiver, la liberté des plaines de Malpic, les fantômes d’Ormsaint… ces fantômes là.

Lanyt secoua la tête. D’un sifflement impérieux, il rassembla enfants, vieillards, protecteurs et chevaux. La harde de l’Yrail marche encore. A quelques toises à peine, il aperçoit ces étranges visiteurs avec qui il a conversé hier. Une main tendue, un futur pour les enfants de la harde.

“Le vent se lève… et nul ne l’arrêtera plus.” se prend-il à penser tout haut!

Possession – – PA§Prologue

Il était la propriété de quelqu’un d’autre, sa vie ni celle de sa préférée ne lui appartenait, et cela il ne pouvait le supporter. Il ne supportait plus de devoir la partager avec son maître, sa haine montait crescendo et pourtant, il savait que dans l’Yrail, la seule façon de se libérer était de prendre la place du possesseur. Etait-il prêt à sauter le pas ?

Erik se lassait peu à peu d’elle, et la troqua contre un jeune poulain. Cela en était trop ! Il ne pouvait le supporter et se dressa alors contre son maître, Erik Vosh, qui rit alors à gorge déployée devant sa hargne naissante. Les armes courbes rituelles furent alors sorties de leurs étuis, les fouets posés au pied de chaque adversaire.

Le combat commença alors, très violent, il se jeta sur Erik, lui asséna un coup rapide arrachant lambeaux de cuir et de peau de son épaule gauche. Erik en profita pour rire, encore une fois, comme s’il ne ressentait pas la douleur, pourtant le sang coulait le long de son bras.

Il avait de l’espoir, l’espoir de retrouver son étreinte, mais avant il devait battre Erik. Ce dernier harangua la foule, faisait du spectacle, alors qu’il ne voulait que sa liberté ; et pour cette liberté il lança un nouvel assaut. Peut-être un excès de confiance, ou une technique moindre ; Erik esquiva et commença la danse. Il sentit une douleur vive dans le dos, et un liquide chaud et poisseux coula instantanément. Puis une autre douleur, derrière les cuisses, le força à tomber à genoux.

Son regard croisa celui de son aimée, et cet instant dura une éternité. Il entendit son arme tomber au sol dans un bruit sourd ; derrière la foule, les chevaux hennissaient ; l’arme d’Erik sifflait en fendant l’air. Au fur et à mesure que le sifflement se faisait présent, il pouvait lire une stupeur grandissante dans ses yeux, dans lesquels des larmes commençaient à perler.

Erik récupéra le poulain nouvellement acquis et emmena ses autres possessions, plus obéissantes que jamais, à la chasse pour nourrir l’Yrail.