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Première chasse – PA§2

Nous nous posons autour du foyer protecteur, savourant le silence et l’immensité qui nous entourent. Nous sommes en bordure de ce lac gelé, à la lisière de la forêt. Il n’y a que nous face à cette étendue sauvage. Lentement, la luminosité décroît jusqu’à disparaître. Le ciel se pare d’une multitude de couleur passant du bleu cyan, au rouge orangé, enfin au bleu sombre et profond, le bleu de la nuit froide et sans nuage.  Les ombres noires des arbres se découpent délicatement sur les dernières lueurs de cette journée qui s’achève, laissant place à la lune, ronde et blanche, qui s’élève lentement, illuminant le monde d’une douce lueur argenté, tel un phare lointain. Le monde se transforme, devenant un univers d’ombres noires soulignées par la neige blanche lumineuse qui recouvre tout.

Avec la disparition du soleil, le froid se fait plus intense. Nous nous resserrons auprès du feu, avides de la moindre parcelle de chaleur. Nous sortons notre repas du soir, des bouts de viande que nous piquons au bout de branches pour les faire griller au-dessus des flammes en attendant que la lune soit haute dans le ciel, apportant plus de clarté pour éclairer notre route.

Enfin, il est l’heure. Nous rangeons tout et nous préparons pour la chasse. Le froid est vraiment dur. Chaque parcelle de mon corps en subit la morsure. Mais le paysage nocturne qui s’offre à moi me fait oublier pour un temps mon corps engourdi. Nous courrons sur le lac, la lune en face de nous comme seule lumière. Sa clarté lunaire recouvre le monde qui nous apparaît en noir et blanc. Tout est différent et magique, la neige, les arbres, le ciel étoilés.

La course et la tension de la chasse me réchauffent lentement le corps. Pourtant le froid est intense. Le givre se forme sur mon arc et autour des fourrures qui m’entourent le visage.  Notre haleine se change en vaste nuage de brume.

Les chasseurs de la harde courent à mes côtés, silencieux et rapides. Nous ne sommes qu’une entité, sentant les intentions et la présence de nos frères et agissant en commun sans besoin de discours. La tension est palpable, tous nos sens sont en alerte, car ce soir, nous chassons un animal dangereux et respectable : l’ours. C’est un adversaire à notre hauteur, nous devrons le mériter.

Une lance… et le monde retient son souffle.

Scarification – PA§2

Tous les grands personnages de la harde se sont réunis dans  l’igluvijaq de Gaalak le sage, notre Vaelrys, le chef des Flèches de Cernun, le chef des loups de Cerwein et le chef des Flocons de Sang. Le Plentyn et ses trois filles sont également présents afin de réaliser le rituel, mon rituel.

Je suis honoré qu’ils en soient témoins. Ils n’était pas nécessaire qu’ils viennent tous,  mais leur présence prouve l’exceptionnalité de mon exploit.

Les trois filles, encore jeunes, commencent à psalmodier en cœur des paroles rituelles, incompréhensibles pour moi. Notre Plentyn s’avance, lame rituelle en main. Elle est faite d’ivoire de mammouth finement ciselée. Je me tiens immobile devant lui, assis au centre de l’igluvijaq, torse nu, prêt à recevoir la marque.

Délicatement, la lame s’enfonce dans ma chair pour y inscrire définitivement ma glorieuse chasse. Mon sang goutte le long de mon torse pendant que le Plentyn poursuit son office en psalmodiant à son tour. La douleur fait frissonner mon corps, mais je l’accepte avec fierté et ne fléchis pas. Cette marque viendra rejoindre celles que je porte déjà dignement, affirmant ma place et ma puissance au sein de ma harde. Je laisse un grognement s’échapper de ma gorge, pas de douleur mais bien de la fierté d’être un chasseur glorieux au sein de notre harde forte et brave !