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Cobaye – PA§1

Je n’arrive plus à reprendre mon souffle… l’eau envahi ma bouche et bientôt mes poumons… mon corps commence à se faire lourd… Aegea vient me chercher je la vois enfin… elle avance une main laiteuse vers moi, que je m’empresse de saisir.

J’ai froid… l’eau sur ma peau… Je tousse… l’eau dans mes poumons… Je sens une douce chaleur… on m’enveloppe… L’impératrice des Abysses m’accepte dans son royaume… enfin délivré de l’épimin et de mes parents !

Ma vie ne fut jamais vraiment facile, je suis né bossu et mes parents savaient que je n’allais pas pouvoir les aider pour cultiver l’épimin. J’eus d’autres frères et sœurs, mais en tant qu’ainé j’allais hériter des champs mais surtout de la gestion de l’écluse, et cela mon père ne pouvait le tolérer. Comment une personne mal aimée des dieux, marquée par leur infamie, pouvait elle diriger ? Il se servit alors de moi dès mon plus jeune âge, pour tester les différentes déclinaisons de l’épimin.

Je commençai alors à sombrer dans un tourbillon m’emmenant peu à peu dans un abyme au fond duquel mon âme pouvait se réfugier. Et au bout d’un certain temps dans cet abyme je me mis à l’explorer découvrant mille merveilles, plus chatoyantes les unes que les autres. Et la plus belle des merveilles vint un jour vers moi au détour d’une onde lumineuse, aussi blanche que toutes les lumières du ciel, aussi douce que toutes les mères auprès de leurs enfants, aussi affectueuse qu’une chatte ronronnant. Nous nous perdîmes alors dans une descente sexuelle devenant de plus en plus brutale à chaque fois qu’elle descendait plus profonds dans les abysses, me blessant chaque jour un peu plus, me rendant las lorsqu’elle n’était pas là, et que je n’étais pas en elle. Chaque jour après nos ébats, elle me soignait, afin de recommencer de manière encore plus fougueuse, plus dangereuse.

Mais un jour elle disparut, je me  mis à la chercher, et plus je descendais profondément plus ma colère grandissait, je tombais alors sur des êtres difformes s’attaquant à moi à plusieurs reprises. Armé de mes seules mains, je leur brisais la nuque, ou les massacrais tant la frustration de ne pas la retrouver grandissait en moi.

C’est alors que la brume se levait peu à peu et après avoir terrassé un groupe d’êtres des abysses, je me rendis compte de leur ressemblance avec mes parents… mes frères… mes sœurs…

Je sortais alors précipitamment par l’encadrement de lumière, une lueur m’aveugla. Je ne m’habituai à la lumière que pour voir venir le coup de bâton du contremaître en chef de mon père, je fus roué de coup et jeté dans la rivière pour la tuerie que je venais de perpétrer.