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Sacrifice – PA§1

Le rythme des tambours était assourdissant. Lent, il avait hanté toute la semaine, comme le pouls du marais qui lentement se fondait avec celui de tout le village. Tous étaient réunis au centre, solennels, silencieux, le visage couvert en guise de deuil. Seuls les yeux étaient visibles, brillants et pleins de tristesse, mais tous attentifs.

Au centre, l’autel montait très haut. Tous les corps, momifiés, composaient la base, en cercle, alors qu’une colonne d’offrandes à Azuroth servait de centre, totem dédié à la colère de la déesse. Le rythme des tambours augmente. Tout le monde retient son souffle. Lentement, à contrecœur, les têtes se tournent vers le minuscule groupe qui sort de la cabane servant de temple de fortune à Kréoss et Urugan. Deux prêtresses, toutes vêtues de noir s’avancent, tenant chacune par chaque main un jeune enfant, dix ans, peut être neuf. Ses yeux sont vitreux, son sourire lointain, et il fixe un point invisible, loin devant lui. Le gaz a endormi ses sens et sa conscience, et tout ce qu’il en reste, c’est un petit rire joyeux et ravi de temps à autres. Les deux femmes arrivent à l’autel, récupèrent une pâte contenue dans un bol au pied du totem. Doucement, elles tracent avec sur son visage quelques traits, une araignée dont le corps partirait du point entre ses deux yeux. Sage, l’enfant leur sourit et joue avec la bourse pendue à son cou, menue et brodée d’un serpent et d’une flamme.

-« Azuroth, pourvoyeuse d’âmes, ton enfant est prêt, il vient à toi sans peur et sans tristesse… »

La lente mélopée des prêtresses s’élèvent dans les airs, à peine couverts par le hurlement de désespoir d’une femme au milieu de l’assemblée, interrompu net. Rapidement, le cœur des tambours est le seul à se faire entendre. Les deux femmes guident l’enfant par la main, en direction des quais… Et le village les suit, emportant les corps, les offrandes, et une pierre attachée à une corde en une lente et silencieuse procession, comme la mort glissant parmi les vivants.

Puisse-t-elle épargner ceux qui restent.

Pour les Ancêtres – PA§Prologue

Sébastian était un enfant comme les autres, à l’exception de sa peau tellement blanche qu’elle en paraissait transparente, de son absence de cheveux, et de ses yeux rouges. Bien que les habitants de Tourbebrune soient de nature très tolérante, de nombreuses personnes étaient mal à l’aise en sa présence. La curiosité de l’enfance fit place à l’appréhension de l’adolescence et la peur de l’adulte.

Malgré cela, Sébastian trouva sa place, non pas comme garde-serpent, ni comme chasseur de crapaud, mais comme gardien des ancêtres et lieur de lignées. Plus il passait du temps avec les reliques, plus il s’éloignait des vivants ; et bientôt il se prit à converser avec les ancêtres. Le respect qu’il avait pu acquérir des gens se changea, peu à peu, de nouveau en crainte. Pourtant une jeune femme, la bouche bien dessinée, une chevelure flamboyante, une poitrine généreuse, attira le regard de Sébastian, et elle en était fort heureuse apparemment.

Leur histoire débuta doucement à la lueur de la nuit, toujours dans la même hutte, celle où ils s’étaient rencontrés, sans aucun témoin mis à part les ancêtres.

Sébastian se prépara à passer cette nuit avec son amour comme si c’était la dernière, mais elle était déjà promise à un autre. Ne pouvant supporter cela, il décida de partir avec elle.

Au petit matin, la femme du chef, venue prier les ancêtres, trouva Sébastian, le lieur, mort, enlacé dans les bras de la relique du village ; une jeune femme embaumée aux cheveux de feu.