Archives de catégorie : Tombelhiver

Pénurie – PA§1

« -Que vois-tu Aldarick ? La relève arrive-t-elle enfin ?

-Non, Frowin, toujours rien ! Ça en devient inquiétant !

-Continue à surveiller je retourne voir le Capitaine pour le tenir informé. Tiens donne-moi ta gourde d’eau la mienne est presque vide. »

Aldarick s’exécuta en buvant une grande rasade d’eau avant de la lui donner. Frowin se mit alors en route, ajustant ses raquettes pour ne pas s’enfoncer dans la boue et choisissant les chemins les moins bouillonnants.

Quelques heures et une gourde vide plus tard, Frowin vit les pieds imposants en fer pur autour desquels s’afféraient des centaines d’esclaves. Le Capitaine Halvor, était le gestionnaire des esclaves et devait faire en sorte de ne pas manquer de main d’œuvre, et le problème n’était pas là. Le convoi devant emmener le fer pur et l’eau avait de nombreux jours de retard, et même si de nombreux geysers jaillissaient régulièrement, tous savaient qu’il ne fallait pas boire cette eau chargée en humeur de la terre.

« Frowin j’espère que les nouvelles sont bonnes. »

Un hochement de tête désapprobateur finit de ternir la lueur d’espoir des yeux du Maître esclave.

« Bien alors nous allons devoir faire ce que nous redoutions, puissent les dieux nous pardonner ! »

Le convoi de Sigrune avait mis plus de temps que prévu à se remplir. Les Maîtres de la matière n’avaient pu lui fournir à temps et encore moins dans les quantités promises, le fer pur. Le voyage connut un nombre de déboires importants, allant des traineaux emportés par des geysers impromptus, aux attaques golyggyd en bordure de plaine. Avec plus de trois semaines de retard sur la date prévue, Sigrune s’attendait à se faire rabrouer par Halvor.

Le scintillement au loin annonçait l’arrivée imminente, pourtant aucun guide ne venait à leur rencontre, peu de mouvement pouvait être perçu.

A l’entrée du chantier Sigrune aperçu une silhouette malingre s’avancer vers elle… Halvor, lui si puissant, si imposant, n’avançait maintenant que d’un pas extrêmement lent et peu sûr. Elle se porta vers lui d’un pas rapide. Halvor essayait de parler, mais sa voix était extrêmement faible. Afin d’entendre ce qu’il marmonnait, Sigrune approcha son oreille : « Enfin à boire ! » et Halvor ouvrit la jugulaire de Sigrune avec ses dents afin de boire goulument le flot de liquide rouge pulsé à bonne vitesse.

Aimée des dieux – PA§1

Cela fait maintenant bien longtemps que je n’ai pu remonter à cheval, et pourtant cela ne me manque guère.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pu entendre les paroles des plentyns, et pourtant cela ne me manque pas.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pu boire et manger comme je le désire, et pourtant j’en suis heureuse.

Cela fait maintenant presque dix ans que je suis l’esclave de Bron Gull, le Maître de la matière, responsable de la construction des statues en fer pur. Bien entendu lorsqu’on m’emmena à lui la première fois, il n’était alors qu’un forgeron, et même s’il fit de moi son esclave de plaisir, je pu avec grande satisfaction suivre son évolution auprès du culte des dieux, Zael et Miemeth.

J’avais une place enviable parmi les esclaves et pourtant je puis vous assurer que la vie avec Bron n’était pas de tout repos car il aimait autant taper sur son enclume avec son marteau, que sur ses esclaves avec ses poings. Une nuit où il me laissa pour morte, le visage façonné en un amas informe, il se mit à la fenêtre et contempla la plaine bouillonnante. Toutes les nuits, à la lueur des étoiles, un scintillement apparaissait au milieu de la plaine. Cette nuit-là le scintillement se fit éclat, cet éclat se fit rayon et vint frapper mon visage. Bron sut alors quel serait le visage de la représentation de Miemeth. C’est depuis ce jour-là que je crois en eux, les dieux que l’on m’avait fait renier depuis ma plus tendre enfance. Eux qui soignèrent mon visage pour le rendre d’avantage splendide, eux qui permirent à Bron de me remarquer parmi toutes celles qu’il façonnait.

Aujourd’hui je suis heureuse, mon visage sera présent pour des millénaires.

Et même si Bron n’arrive désormais plus à transcender la matière, il en est une qu’il n’a plus touché depuis longtemps : le fer pur protégeant depuis cette nuit-là mon visage et servant à la fois de protection et de malédiction à mon être.