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Le silence est d’Or – PA§1

« La garce ! Elle m’a trompé ! »

Mestre Gildas n’arrêtait pas de répéter cela, les yeux embués de larmes ne pouvant se détourner du brasier, anéantissant des années de dur labeur. Quant à moi, en mon fort intérieur j’étais de nouveau heureux.

Notre monastère contenait alors une centaine d’âmes, dont nous, les moines, nous occupions de la traduction et de la copie des documents issue du Pays des Brumes. Nous avions reçu, il y a de cela quelques mois, un nouveau convoi de ces précieux documents venants directement de derrière les volcans, ainsi que quelques âmes supplémentaires, désireuses d’apporter leur savoir à la communauté. C’est ainsi qu’elle arriva, belle parée de sa peau bleutée exotique, et je vis dans les yeux de notre Mestre qu’elle ne lui était pas indifférente.

Nous avons travaillé avec elle afin de classifier et ranger le nombre de documents importants qu’ils nous avaient fournis. Nous les classions par lieux de récupération, et nous pûmes apprendre ainsi qu’il y avait des endroits particuliers où la Grève Brisée récupérait ses fragments, comme si des bibliothèques avaient subi un cataclysme soudain et s’étaient retrouvées sous les eaux en un instant. Mestre Gildas chapeautait tout cela, faisant en sorte que chaque élément soit correctement inventorié. Il restait souvent tard la nuit avec cette étrangère à nos coutumes, à nos vies, et elle prenait alors de plus en plus part à la vie de notre monastère. Bien que ses amis fussent déjà partis, elle décida de rester avec nous, ou plutôt avec lui, et bien que cela me fasse le plus grand mal, je me retrouvai alors relégué au rang de simple moine et je dus quitter sa couche.

Il la laissait de plus en plus seule s’occuper de la classification des ouvrages, et je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle fût une étrangère, n’ayant même pas foi en notre déesse Azuroth. Je me devais de mettre fin à tout cela et récupérer enfin ma place. C’est alors que la chance me sourit enfin, elle avait oublié la clef de la bibliothèque sur la serrure que je m’empressais alors de récupérer. Puis un soir où le Mestre fêtait l’arrivée d’un nouveau convoi avec quelques chariotteurs, elle se retrouva seule dans la bibliothèque. J’en profitais alors pour lui asséner un grand coup de chandelier sur le crâne dont une des bougies vint tomber dans la paille de protection du convoi fraichement arrivé. Ne pouvant me résoudre à perdre ma place je fermai alors à clef la bibliothèque laissant les flammes se charger d’elle et de l’espoir du Mestre.

« Mestre Gildas, J’ai vu Ondine quitter le monastère à cheval en direction des marais, j’ai tenté de m’interposer mais elle m’a mis un violent coup de pied au visage. »

Nous avons lutté pendant de longues minutes sans arriver à éteindre le feu. Le groupe parti en direction des marais a ramené le cheval que j’avais envoyé.

Mestre Gildas a, de nouveau, besoin de ma chaleur pour se réconforter.