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Mal-nés – PA§1

Au sud du Pays des Brumes, à la naissance du littoral, au détour d’un chemin tortueux, loin de tout et de tous, se dresse un bâtiment austère se confondant avec le paysage.

Un orphelinat.

Pourtant lorsqu’on s’en approche …Rien, il n’y a rien qui permet de le deviner…pas le moindre rire, pas le moindre cri…Une sorte de murmure mais rien de plus.

Cette institution, dirigée par des volontaires de la communauté et par ses anciens bénéficiaires, n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis une centaine d’années.

Voyant arriver par vagues, suites aux mouvements des contivents, les orphelins de la mer, comme on les appelait autrefois, ainsi que les derniers nés des familles ne désirant pas garder à leur charge les enfants mal-nés.

Ce sont en effet, toutes les malformations et horreurs de la nature, que portent ces enfants… certains ont réchappé de peu au sacrifice de leur vie. Peut-être que, finalement, cela n’aurait pas été plus mal.

C’est que le clergé est débordé par les abandons. Comme si les dieux, lassés des prières et rituels n’avaient plus envie de répondre et de soigner les enfants dès leur naissance. »

Les vents de Ventedru – PA§1

En sortant des marais, j’ai poursuivi ma route vers le nord. Je voulais savoir si les aigles de Malpic sont aussi monstrueux que ce que l’on raconte. Mon soulagement fut grand lorsque, quittant les fondrières, je retrouvais un grand ciel pur et des plaines balayées de vent et de lumière. Quelle résurrection après un long séjour dans l’air lourd, sombre et humide des marais !

Mais le chemin à parcourir était long, et j’étais à pied. J’amorçai mon chemin vers les pays frontaliers, quand, soudain, venant de l’horizon, je vis une grande voile qui progressait vers moi. Après le premier choc d’apercevoir une voile là où il n’y a pas de mer, je dû bien me rendre à l’évidence et accepter que cette chose étrange ne soit pas un mirage né de mes fantasmes.

La voile était en réalité un immense chariot à roulettes, poussé par les vents et mené par un homme étrange au visage recouvert d’un tissu. Celui-ci, après m’avoir aperçu, obliqua dans ma direction. Après quelques mots échangés, il me proposa généreusement de me prendre à son bord lors de son trajet, et moyennant un coup de main apporté au sein de son équipage, il me déposerait, plus tard, à la fin de son expédition, à la frontière de Tombelhiver . Estimant là une chance de découvrir un peu cette étrange embarcation, et voir un peu plus de ce pays constitué d’une gigantesque plaine de joncs, j’acceptai avec plaisir.

Durant le trajet, j’ai, plus d’une fois, pesté contre ce choix hasardeux de ma part. Mon généreux compagnon de route s’avérait être un dangereux suicidaire. Plus tard, j’apprendrai plus en détail ce que sont les chasseurs de tornades, mais sur le coup, j’eu bien cru avoir affaire à une personne ayant décidé de rejoindre le froid girond d’Azuroth, comme ils l’appellent, en emportant son chariot et ses subordonnés avec lui. J’ai vu trois tornades de l’intérieur, et j’ai cru mourir six fois. Au moins.

Plus on approchait de la chaîne de montagnes séparant les Hauts Plateaux du Pays des Brumes, plus les vents et les tornades se faisaient forts et violents.

Maintenant au pied des montagnes, je comprends leur présence. Le paysage est démentiel, une véritable déchirure dans les cieux. Les montagnes vomissent en permanence des coulées de lave et des panaches de fumée noire chargés de cendres, de poussière et de souffre. Elles sont tellement nombreuses que, par endroits, le ciel est d’un tel noir d’encre que le soleil ne passe plus. J’ose à peine imaginer ce qui est capable de survivre sous une telle chape de plomb.

Face à un tel spectacle, je ne comprend pas que Ventedru soit un tel pays empli de lumière et à l’air si pur, mitoyen de cet enfer, jusqu’à ce qu’une tornade ne surgisse de nulle-part et ne balaie les cieux. Les membres d’équipage trépignaient, pas de peur, mais d’impatience. Toutefois, le mât principal ayant souffert de la dernière incursion dans une des petites sœurs du monstre venteux que j’ai sous les yeux, le chariot est au repos forcé, ce qui me laisse ainsi la chance de pouvoir admirer ce prodige de la nature bien en sécurité et surtout… de loin.

Pour les yeux de Mairwen – PA§Prologue

Chant entonné par les partisans de Jorgen lorsque celui-ci se mit à la recherche des assassins de son amour.

Pour les yeux de Mairwen,

J’aurais voulu mourir,

Si blonde, pure et belle

Dans les brumes éternelles.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

La horde est passée

Emportant mon trésor.

Son esprit est resté

A l’orée du bosquet.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Prisonnière dans les steppes

Du seigneur des chevaux

Oublie tes chairs souillées,

Entravées, revendues.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Bagnarde des plaisirs,

Convoquée au palais

C’est sur ta main tendue

Que le vent est venu.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Sur le flanc du volcan

Soudain me suis noyé.

Les yeux mon amante

Je les ai retrouvés.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Cette salamandre voilée,

Frère dis-moi que je rêve,

Je n’osais espérer.

Mon âme est revenue.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Mer, vent, et orphelins,

Trop tôt se sont réjouis.

Du jour au crépuscule

J’ai perdu mon amie.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Le destin est railleur,

Le Khan aussi t’a vue,

A nouveau dérobée.

Ma vie s’est arrêtée.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Belle oublie tes malheurs,

Les peuples ont fait alliance.

Pour les yeux de Mairwen

La guerre fut déclarée.

Dis-moi mon frère

Où est Mairwen

S’arrête mon cœur, voici la fin du jour.

Genèse – PA§Prologue

« -Assieds-toi voyageur à la peau bleue. Tu as donc cette affreuse maladie de peau toi aussi ? Cela est-il douloureux ? Mais je manque à la plus élémentaire règle de l’hospitalité. Je me nomme Briac, et je suis le Plentyn en exil de la Cyntaf. Et toi voyageur quel est ton nom ?

-Je me nomme Narlack et je vais justement voir Gaer Ectalis de mes propres yeux.

-Que viens-tu faire dans ces terres désolés par la guerre avec les royaumes du sud ?

-Je suis à la recherche de l’histoire du monde et je pense que tu peux beaucoup m’en dire, disciple d’Efryr noire Corneille. »

A cette affirmation, les yeux de Briac s’écarquillèrent, il ne se doutait pas d’être aussi connu. Et son maître était maintenant mort depuis longtemps.

« -Il m’avait prévenu que tu étais méfiant, mais il m’a aussi dit que tu en apprendrais plus que quiconque sur l’origine des dieux et des contivents. Je suis donc là, au crépuscule de ta vie afin que ton savoir ne se perde pas pour tous.

-Dans ce cas-là écoutes bien, jeune homme. »

Sur ces paroles Narlack raviva le feu, sortit un parchemin et une plume, puis attendit que le vieux sage se décide enfin à parler.

« En ces temps immémoriaux, nuls rorkals, humains, centaures ou animaux n’existaient. Les entités primordiales s’ennuyaient et décidèrent de créer les contivents. Le père de tous les Dragons, Siann engendra le feu et la terre. La mère de toutes choses, Rieni engendra l’eau et l’air. Rieni parla pendant des éons avec Siann, de leur amour naquirent les contivents, de leur passion naquit l’Ether, et de leur dispute naquit le néant.

Dans un accès de fureur Siann détruisit Rieni, mais décidant de la protéger au dernier moment, il forma de son corps une gangue ultime de terre et feu entourant un lac d’eau parcouru par les vents.

L’essence de Rieni dispersée fut transportée par l’éther pour rejoindre chaque contivent, comme une mère rejoint ses enfants. Siann poursuivit chaque parcelle de Rieni en envoyant son essence vagabondée au grès des courants, et lorsque les deux entités se rencontraient de nouveau sur un symbole de leur amour, leur nouvel union engendrait alors une jeune pousse, puis plusieurs et enfin la vie naissait sur chaque contivent.

Sur chaque contivent des dieux vinrent se présenter à leurs fidèles, et ainsi les guidèrent. Comme tu peux le voir il y a autant de contivent que d’étoiles dans le ciel, et elles ne se touchent jamais.

Cependant depuis maintenant quelques millénaires des contivents ont ainsi pu s’amalgamer et former le nôtre. De souvenir d’homme le dernier cataclysme date d’il y a environ 600 ans, et entraîna un exode de notre peuple vers le nord, Vaelrys à sa tête, mené par notre dieu Leiff le centaure.

Réminiscence du passé comme nous avons pu l’apprendre grâce aux passeurs de lave, avant qu’ils n’habitent dans cette citadelle de lave inaccessible. Krum, le fougueux et mon maître ont pu voir une peinture datant d’avant le grand cataclysme. Elle représentait un centaure sous un arbre en fleur en train de contempler nos montagnes jumelles, et entre les deux, un gouffre.

Je suis persuadé que les cataclysmes vont continuer, regarde d’ailleurs ces étoiles et leurs trajectoires, l’une d’entre elles pourrait sans doute rentrer en collision avec nous et ainsi agrandir les terres de chasses.

La vraie question n’est pas si cela va encore arriver, mais pourquoi cela arrive-t-il ?

Je suis fatigué. Mangeons maintenant je te pris. »

Narlack s’exécuta et servit le vieil homme, qui ne se réveillerait plus après cette discussion, car il y a des histoires qui ne peuvent être contée à tous.

Préface – PA§Prologue

« Bonjour voyageur, alors comme ça tu souhaiterais savoir pourquoi je suis si loin de chez moi ? Laisses moi te conter une partie de mon histoire et tu comprendras.

Mon nom est Narlak, je vivai dans petit village de mineurs situé au pied des montagnes. Mineur hargneux le jour, conteur et fieffé compagnon à la nuit tombée, je menai jusqu’alors une existence paisible dans les mines.

Puis, un jour j’entendis de nouveau le chant de l’Ether, une bruyante et voluptueuse mélopée. Ce chant m’invitait à gagner le bord de chaque contivent. Après avoir marché dans un état de transe durant des journées, je découvris le vrai visage des contivents oubliés. Rien n’aurait pu me préparer à une telle révélation. Bien sûr, nos légendes nous renseignaient sur la nature du monde mais notre propre vanité, telle des œillères, nous avait obscurcie la réalité. Mon destin se révélait être bien différent de celui pour lequel je m’étais préparé. J’allais enfin abandonner ma vie tranquille pour devenir un des guides, pour être éthérés. Désormais, je devenais les yeux et le souvenir des contivents.

Depuis, j’erre à travers les terres. Je n’ai ni alliés ni ennemis mais seulement des compagnons de routes et une destinée à réaliser. Je sais que nombre de mes frères et sœurs ont également entendu le Chant d’Erheness et sont partis rejoindre sa voix, mais nous ne demeurons que des instruments.

La suite, voyageur ? Je te la conterai lors de notre voyage, mais en attendant il est temps de nous reposer car notre aventure n’en est qu’à son commencement… »