Archives de catégorie : Chapitre 1

La guerre en marche – PA§1

Après mes incursions en Tombelhiver, mes pas m’ont porté vers les grandes steppes au nord, bien plus au nord. J’entendais des rumeurs sur des rassemblements de plusieurs haras, de grandes hardes de chevaux étaient en train de se constituer. J’étais très curieux de découvrir ces peuples nomades, d’autant plus qu’il n’y avait aucun échange entre les gens d’Erheness et ceux vivant au nord de ces contrées. Sans doute parce que leurs seuls rapports depuis quelques siècles sont basés sur des escarmouches et quelques regards en chiens de faïence.

Au vu de la réputation que les hommes de ces terres leur ont taillé, j’avais un peu peur de ne pouvoir revenir avec la totalité de mon intégrité physique, mais depuis le temps que je foule ces terres, j’avais bon espoir que mes capacités à me mêler aux hommes sauraient me tirer du mauvais pas dans lequel je risquais de me fourrer.

C’était il y a vingt ans à compter de ce jour. J’ai erré un bon moment durant, perdu dans les grandes herbes qui m’arrivaient aux genoux, dans la plaine, déserte de la moindre présence humaine. Par chance, je portais un chèche de Ventedru, bleu vif, et ma personne était visible de très loin. C’est ainsi que les monteurs m’ont trouvé. C’était un groupe très restreint, de huit personnes au grand maximum. Leur méfiance était palpable, rien qu’à leur façon de tenir leurs rennes en approchant de moi.

Après quelques échanges, je parvins à les convaincre de ma bonne foi, mais le fait qu’une fois mon chèche enlevé mon visage soit celui d’un rorkal y était pour beaucoup. J’intégrai alors leur petit groupe pour quelques temps. La vie parmi le peuple des chevaux est très simple, assez semblable à celle des chariotteurs par beaucoup d’aspects. Il est presque amusant de se dire que ce sont également les deux peuples qui se sont le plus battus de l’histoire de ce contivent. Il y a beaucoup de choses qu’ils ont tenu à cacher. Ils sont très méfiants sur leur culture et leurs savoirs. Cependant, de bonne grâce, ils m’ont expliqué qu’ils se rendaient à un grand rassemblement, assez exceptionnel au vu de leurs habitudes. Il fallut deux semaines à mon groupe pour rejoindre l’ensemble du clan dont ma troupe faisait partie, puis une semaine de plus pour arriver au grand rassemblement. Celui-ci s’organisait sur les terres de chasses de la Cyntaf, dans Gaer Ectalis. Ses membres, attentifs et méfiants, s’assuraient qu’aucun débordement malencontreux ne se produirait tout le temps de cet évènement. En effet, le peuple des chevaux a la réputation parmi les sédentaires du sud d’être belliqueux, mais ce n’est pas infondé. Même entre eux, ils se battaient beaucoup.

Le rassemblement s’est fait avec nombre de festivités. Certains dansaient autour du feu, d’autres organisaient des jeux d’adresse aussi dangereux que futiles, beaucoup riaient, mais j’en voyais d’autres qui, moroses, fixaient les flammes du grand feu, et dont le fil des pensées semblait rythmé par les battements des tambours tribaux qui emplissaient l’air d’un pouls inhumain et puissant. Des chamans chantaient, des initiés tremblaient, puis s’effondraient, les yeux vides, le corps vidé de leur esprit, parfois pendant des jours avant qu’ils ne reviennent et ne racontent des histoires et des rêves hallucinants. J’ai été trempé dans un véritable fleuve de pensées, de cris, de mots, de combats rituels, de courses, jusqu’au point culminant, au bout de sept jours. Alors que toute la semaine avait été bruyante, animée, voilà qu’un silence de mort s’était abattu. Toute l’assemblée se sépara alors en deux, laissant passer un enfant portant une peau de céléron sur les épaules. Il était petit, chétif, mais ses yeux brillaient d’une volonté inhumaine. Je ne savais qui il était, mais pourtant, je me sentis ployer sous mon poids et poser le genou en terre.

Derrière lui, je voyais les chefs de clan marcher. Il monta sur une estrade, visible de tous, et parla. Immédiatement, mon sang s’enflamma.

Panthéon – PA§1

Jour 155 de l’année 186

J’ai vraiment passé du temps à arpenter les contrées et essayé de comprendre la hiérarchisation des dieux. Cela a déjà été compliqué au vu du grand nombre de clergés et de croyances. Pourtant à force de patiente, d’écoute et de bon sens commun j’ai pu dégager un schéma simplifié.

Jour 210 de l’année 227

Mes conclusions ont été remises en questions par les différentes personnes que j’ai pu rencontrer. Cependant je dois être sûr de ce que je vais coucher sur mon parchemin.

Jour 58 de l’année 289

Enfin je peux me permettre de griffonner mes déductions sur mon vélin.

Panthéon humains

Rendre hommage à Pyldor – PA§1

La réunion des enfants de Pyldor se tient actuellement. Dans une immense pièce, des enfants, des femmes, des hommes sont rassemblés. Un peu tout le monde, beaucoup de rires, beaucoup de discussions. Quelques groupes commencent déjà à chanter. J’ai eu la chance de me faire inviter à une de ces séances alors que je me rendais dans l’un des bains principaux du pays. Une jeune femme n’y travaillant pas, mais à la cuisse légère, m’a accueilli chez elle et m’a parlé un peu de cette communauté.

J’étais trop curieux de découvrir ce qui pouvait se passer ici … c’était une nouvelle religion qui se créait… Dans un pays comme Taleseaux où les maîtres de l’abîme sont à ce point vénérés, j’avais du mal à envisager que d’autres cultes existent et soient tolérés aussi légèrement. Ma compagne d’une semaine m’a expliqué rapidement la situation. Beaucoup de gens vont et viennent dans les bains. Les Rorkals, par exemple, sont des curiosités exotiques qui attirent les clients en manque de sensations fortes. Or, ces gens, pour certains, ne vénèrent pas du tout les mêmes dieux que ceux du clergé séculier. De fait, la conduite générale, au final, est que chacun est libre de vénérer qui il veut, tant qu’il le fait discrètement chez lui et qu’il se rend aux offices rendus à Aegea et Kerrag. Quand je pense au Tribunal en Ventedru, et à ce pauvre homme qui a été traîné derrière un chariot après avoir eu les articulations brisées pour avoir été surpris en train de prier Pyldor, le contraste me surprend. Etrange, d’ailleurs, qu’un pays aimant tellement ses dieux rejette leur fils avec autant de hargne.

Très surprenant également, c’est l’attitude d’Ormsaint vis-à-vis de ce culte. Alors qu’ils sont réputés faire preuve d’encore plus de prosélytisme qu’à Ventedru, ils ont décidé d’accueillir la tête du culte au nom de l’asile politique face à un massacre barbare. Je me demande bien comment les fanatiques d’Azuroth font avec ce culte tourné vers la famille et le chant …. Je me rendrai peut être là-bas pour voir.

Ici à Taleseaux, la vie au sein du culte semble être douce. Beaucoup des artistes du pays y ont adhéré au nom de la fibre artistique. L’ambiance semble gaie et rieuse. Je vois au fond quelques couples qui s’embrassent et finissent par s’enlacer dans une étreinte à la foi fougueuse et rythmée.

Voilà la prêtresse qui s’avance. Vêtue très légèrement, elle semble jeune. Sa voix, claire et cristalline, s’élève jusqu’au plafond de la pièce. Le silence se fait immédiatement. Tout le monde se rassemble, couples, femmes, vieillards, prostituées, guerriers… Tous ceux qui sont venus prier et partager. La voix de la prêtresse s’élève. Sa beauté, sa justesse me prennent aux tripes. Sans que je ne m’en rende compte, mes joues s’humidifient, ma gorge se serre. Puis, sans signes avant-coureurs, une voix, deux, dix, s’élèvent. Certains sourient et ne chantent pas, d’autres semblent déjà en transe. Tous sont en cercle, les mains jointes à celles des autres. L’air entre en vibration.

La cérémonie a duré une demi-heure. Ensuite, les gens se sont séparés. Un groupe d’artistes, les plus nombreux dans l’assemblée, sont restés ensemble et ont commencé à sortir leurs instruments et improviser un morceau. La soirée s’est terminée ainsi, un feu a été allumé dehors et tout le monde a partagé sa pitance, a dansé, a mangé… Comme une grande famille sous le regard bienveillant de la prêtresse qui surveillait, un sourire mystérieux sur les lèvres.

Les démons de Vertebutte

« L’odeur…. C’est l’odeur surtout qui nous a mis la puce à l’oreille. A ce moment-là, nous étions en fin de chasse. La cible avait été rattrapée et éliminée, un jour normal. Nous étions rentrés dans la grotte principale, et comme à chaque fois, nous buvions, parlions et les langues se déliaient. Lorsqu’on est en chasse, personne ne parle, tout le monde est concentré sur la tâche à effectuer. Il faut comprendre… quand on traque un humain, il n’y a pas à s’inquiéter. Quoi qu’il arrive, l’attaque viendra à hauteur de torse, voire du sol si c’est un nain ou un fourbe. Mais en chasse… Le moindre son peut être fatal. Une brindille qui craque, un pet de travers, et ça peut dégénérer en bain de sang. »

Le vieillard s’interrompt et reprend un grand verre de bière. Ses mains tremblent, mais je ne pense pas que ce soit dû à l’alcool. Il a l’œil un peu trop vif pour être secoué par quelques choppes à peine. Et à voir les regards rapides qui partent vers sa hache, je sais également qu’il est tout à fait prêt à s’en servir en cas d’une mauvaise rencontre ou l’arrivée d’un visiteur indésirable. Je reste souriant et silencieux. L’heure n’est pas à la discussion, mais au silence et à l’information.

« Enfin… J’en étais où… Ah. On était donc en train de boire. On était assez moroses parce que même si on l’avait choppé, il y avait eu des pertes. Ca fait presque vingt ans qu’on n’a pas vu de couples. C’était pas possible… Il y a toujours une éventualité mais on ne voulait pas y penser. Et puis le petit nouveau venait d’avoir un gosse. On voulait pas penser au boulot dans un moment pareil. »

Je le vois qui grimace. Il crispe son poing sur sa choppe et lui arrache un craquement sinistre. Aussi sinistre que son regard.

« C’est Warrik qui s’en est rendu compte le premier. Derrière la bière et la sueur… Le sang. L’odeur du sang. Je l’ai vu pâlir. C’était impossible. Des démons, c’est rare qu’il y en ait plus d’un par an. Le gouffre n’était plus gardé. Tout le monde dormait ou faisait la fête… »

Il boit une gorgée, très longue. Ses yeux sont perdus dans le feu. Son œil mort, blanc et terne reflète les flammes, colorant son immonde balafre d’une lueur orangée du plus mauvais augure.

« Quand on est arrivé à leur grotte, c’était trop tard. La famille qui y vivait avait été massacrée. Un véritable charnier. J’avais jamais vu autant de bouts d’homme au même endroit. Visiblement il avait eu le temps de bien manger, et recracher les bouts qui ne lui plaisaient pas. De l’enfant, il ne restait qu’une tête mâchouillée et défigurée. Il devait avoir faim… D’habitude ils ne mangent pas les pieds et les mains… Trop de petits os. Du démon, car c’en en était un, plus rien. Sauf une piste sanglante. Il devait être pressé, il y avait plein de restes le long de son chemin. On a pu le retracer jusqu’à l’une des sorties, dehors. Il a d’ailleurs eu le temps de bouffer le cheval des vignerons. »

Son récit est terminé. Il reste silencieux, sinistre. Au loin, dans la nuit, on entend un hurlement strident. La créature chasse, ou appelle quelqu’un, je ne sais pas. Je lis dans le regard de mes compagnons de camp la détermination et la colère. Eux qui me prêtent un bout de feu semblent être déjà projetés sur la matinée du lendemain, et la poursuite de leur chasse.

Je ne sais pas si je les accompagnerai. L’entreprise est dangereuse, mais je suis bien curieux de savoir à quoi ressemblent ces démons du pêché dont il me parle. Je verrais demain, en fonction de l’avancement de la bête et son état d’esprit. Pour le moment, la nuit fraîchit, et je vais dormir.

Les maîtres de l’épice – PA§1

Le pays de Valcourbe est l’un des plus agréables qu’il m’ait été donné de visiter. Je me trouvais en Taleseaux, après quelques semaines à observer les us et coutumes dans leurs bains. Là-bas, un marchand qui livrait de l’aphrodisiaque auprès de l’intendante m’a expliqué rentrer dans son pays d’origine en suivant le fleuve. L’occasion était belle de découvrir de nouvelles contrées, surtout à présent que je savais d’où venait cette drogue providentielle qui libérait si bien les corps et les mœurs à Talesaux, il aurait été presque criminel de ne pas en savoir plus sur l’origine d’une telle chose.

L’homme était très avenant, et en une poignée de main, l’affaire était conclue. La vie en bateau est très douce, surtout quand on descend un fleuve, et ainsi j’ai eu tout à loisir d’observer comment les gens vivaient et ainsi compléter mes chroniques. Ce qui, initialement, était un détail troublant chez le marchand s’avéra être une quasi généralité chez les gens de Valcourbe. Leurs yeux sont jaunes. Cela va du jaune vif à une légère coloration qui teinte vaguement leurs pupilles. Seul un ancien esclave venant de Tombelhiver semble être épargné par cet étrange phénomène.

Poussé par la curiosité, j’ai interrogé mes camarades de bord. Il semblerait, d’après leurs dires, que cette étrange modification ne serait pas un trait de race, comme je l’ai d’abord pensé, mais plutôt l’effet d’une certaine épice, l’épimin. Leurs propos sont étranges, énigmatiques, et à voir le sourire qui traverse leur visage quand ils m’en parlent, ils ne sont pas prêts de m’expliquer la chose en détail. Qu’à cela ne tienne, j’ai appris à observer et deviner.

La vie dans leurs contrées semble très douce. Il y a énormément de villages disparates où pousse partout leur épice si précieuse. La vie semble être organisée autour des plantations et de la récolte. Petite ombre au tableau, nous avons rencontré une plantation saccagée et mise à sac récemment. Après avoir discuté avec le chef de famille encore en vie, il semblerait que ses soupçons se portent sur un concurrent jaloux de son succès, ou des brigands ne supportant pas le sevrage. A présent, une armée d’ouvriers aux corps dignes de faire pâlir d’envie les meilleurs athlètes de Taleseaux travaillent à la reconstruction et la sécurité des champs. Leurs yeux sont d’un jaune vif, presque incandescent.

Toutefois, je suis à présent persuadé que c’est une drogue. Plus les yeux sont jaunes, plus la consommation est rapprochée et importante. Je m’en suis rendu compte en récupérant une note de frais du marchand. Ses yeux ressemblent à deux pièces d’or, les pupilles sont presque cachées par la couleur de ses iris. La note de sa consommation personnelle est faramineuse, et j’aperçois chez lui quelques tics, des tremblements ou des difficultés d’élocution quand il est en retard sur sa nouvelle prise. Malgré tout, il est loin d’avoir le gabarit des ouvriers agricoles, et pour ce que j’en vois, il n’a pas… l’enthousiasme que les catins de Talesaux qui consomment de l’épimin démontrent.

Je pense que mon séjour à Valcourbe va s’éterniser. Les récoltes étant terminées, il semblerait que les gens d’ici s’apprêtent à entrer dans une longue période de fêtes et de réjouissances. C’est là l’occasion pour moi de percer le mystère de cette drogue si merveilleuse. Et à défaut de comprendre, de réussir à m’en procurer et la goûter.

La Marche de l’Animal – PA§1

*Il fait nuit. Une nuit éclairée par la lune pleine, auréolée des nombreuses étoiles visibles dans le ciel. Une tente élimée se dresse au milieu d’une petite clairière. Un feu crépite afin d’apporter de la lumière au chroniqueur. Un homme, un voyageur s’avance près de lui, signifiant son besoin d’hospitalité.*

 

« Entres ! Mais entres donc jeune voyageur, n’aies pas peur. Ton périple de Tourbebrune jusqu’en Ormsaint arrive à son terme.

Tes habits couverts de poussière et de boue, ton visage marqué et tes lèvres brunies par le soleil me rappellent un temps qui semble sortir d’outre-tombe. J’ai moi-même parcouru à cheval les plaines Golygydd et senti le vent s’écraser sur ma poitrine, j’ai dévalé les roches mouvantes du bord du monde à la recherche de stamina pour aider l’Ordre des passeurs de lave, et j’ai même chassé les tornades pour en récolter la larme de Lorwyn en Ventedru. Et pourtant crois-moi, jamais, je dis bien JAMAIS, je n’ai éprouvé autant de bonheur et de joie que d’assister à la procession de la Marche de l’Animal en Ormsaint.

Tu me demandes mon âge en pensant que je suis trop éphèbe pour avoir déjà assisté à de telles festivités ? Mon jeune ami, il y a bien des choses sur les terres d’Erheness qu’il te reste encore à découvrir…

Mais avant de t’en dire plus, je vais te raconter ce que l’on pourrait qualifier d’Histoire car c’est en connaissant le passé que l’on peut apprécier le présent, et pressentir le futur.

Prends cette chaise, poses tes affaires, manges ce repas et bois cette eau, tu l’as bien mérité.

Tu dois être familiarisé avec la notion des Contivents ? Donc je ne t’apprendrais rien de la rencontre de ceux-ci, créant le Grand Cataclysme il y a de ça plusieurs siècles ? Bon, très bien.

Le choc entre ces archipels dérivant sur les courants éthérés ont permis à plusieurs civilisations de se découvrir. Aujourd’hui elles cohabitent de manière, comment dire, arbitraire. Oui, arbitraire, cela me paraît le plus juste.

 Au nord d’Erheness se trouvent les montagnes jumelles n’est-ce pas ? Endroit très enneigé je l’admets, et par conséquent peu praticable. Au sud de ces montagnes, des plaines s’étendent à perte de vue et les hardes y galopent à brides perdues. Sais-tu que jadis les hardes étaient composées de onze tribus nomades qui cherchaient leur réunificateur ? Celui qui les guiderait comme le fit Leiff le Dieu centaure en son temps ? L’Yrail et la Cyntaf, les deux principales tribus des hardes, auraient fait cause commune pour trouver leur futur prophète chez les passeurs de lave !

Mais ce n’est pas tout, approche-toi, tend moi une oreille…ils découvrirent également que les hommes, ceux qui ont dû descendre du cheval et marcher, étaient en réalité une partie du centaure ! Une évolution ! Les hommes sont les descendants du Centaure ! Comprends-tu ?

A l’Ouest, je ne t’apprends rien, se trouve la mer du bord du monde et ses trois dernières tribus de pêcheurs. Les Aegriss Kjafta, les Olaphs Gerrys et les Nepolhvani. Saches que le Traité du Trident qui confère aujourd’hui une égalité quasi parfaite entre les tribus n’est que la résultante d’un conflit important lié en grande partie à la pratique de l’émasculation chez les Orphelins. Pratique aujourd’hui abandonnée. Mais sais-tu que l’apparition des premiers rorkals date du jour de la signature de ce traité ? Non ? Lors d’un grand banquet organisé pour honorer la mémoire de l’Eskida des Passeurs de lave, les Aegriss avaient apporté un grand poisson nommé le Konunglet Blar, le Roy bleu. Pour faire honneur au nouvel Eskida et en symbole d’amitié, l’Eïre des Aegriss offrit pour repas le cœur du poisson au Grand Cartographe. Toutes les personnes, écoutes-moi bien, TOUTES les personnes qui ont mangé du poisson lors de cette cérémonie sont devenues, petit à petit, des Rorkals. Leur peau a commencé par devenir écailleuse, pour ensuite  prendre une teinte bleutée, jusqu’à recouvrir entièrement leur corps. Bien des siècles se sont écoulés depuis, et aujourd’hui toutes les tribus du nord du Pays des Brumes, les Aegriss à leur tête, sont des Rorkals. L’on vit aujourd’hui avec cette nouvelle race comme si elle avait toujours existé, les Rorkals ont leur mode de vie et même leur Dieu. Pourtant il n’est pas rare d’en croiser parmi les Royaumes proches des volcans, bien que Ventedru essaye d’en accueillir le moins possible.

Et les passeurs de lave tu vas me demander…Et bien aujourd’hui leur activité commerciale n’est plus. C’est un véritable ordre religieux. Ils vénèrent Georg et leurs anciennes traditions. Ils sont regroupés de manière monastique, ils ne font plus trop parler d’eux. Par contre, les personnes qui n’entendent pas l’Appel de la montagne ne sont plus acceptées au sein des passeurs, et l’enfantement entre deux passeurs est puni de l’abandon de l’enfant au dieu Georg le Cramoisi.

 A l’Est, tu le sais bien, coexistent nos neuf Royaumes. Ventedru, Tombelhiver, Malpic, Hautesherbes, Tourbebrune, Ormsaint, Taleseaux, Valcourbe et Vertebutte.

Environ cinq siècles se sont écoulés depuis la cérémonie d’adieu de l’Eskida au sein des passeurs de lave. A cette époque, alors que tous les autres étaient en guerre, Tourbebrune et Ventedru étaient les Royaumes les plus en vogue, une économie florissante, un penchant pour la médecine moderne et pour la création de voies commerciales grâce aux chariotteurs. Aujourd’hui les neuf royaumes se montrent patte blanche et sont en paix entre eux, malgré quelques petites tensions. La vie suit son cour. Des comptoirs ont été créés dans chaque capitale et les spécialités de chacun sont utiles à tous, ceci a été rendu possible notamment grâce aux chariotteurs express. Les royaumes n’aspirent qu’à une chose, éviter les assauts et rafles des Golygydds pour prospérer.

Mais connais-tu la véritable histoire de la Marche de l’Animal ? Cette phrase prononcée par le Hérault des Dieux te dit-elle quelque chose ? Elle a été formulée aux hommes choisis par les dieux, dictée au pied de l’arbre séculaire d’Ormsaint il y a fort longtemps :

« Vous êtes les élus de votre peuple, choisissez un animal et suivez-le, lorsque celui-ci enfantera vous construirez la première cité de votre futur empire, et vous vénérerez l’animal qui vous y aura conduit ». Suis-je bête…Bien sûr que tu connais cette phrase, sinon tu ne serais pas ici, en Ormsaint !

Et c’est ainsi que les familles régnantes actuelles formèrent leur blason et que nous reproduisons la marche, le départ des élus avec leurs animaux, de l’arbre séculaire vers leurs terres actuelles.

 Mais cette fois-ci, la procession a une odeur spéciale, une teinte particulière. L’on voit dans les Royaumes se répandre comme une trainée de poudre, une rumeur, une ombre qui avance et grandit…

Incursion – PA§1

Mes pas m’ont porté vers les terres humides.

Sorcières, monstres et créatures sanguinaires semblent y pulluler, et j’y vois là un intérêt certain pour ma tâche.

Le cœur battant et l’œil vif, c’est donc ici que je suis arrivé, en une étouffante journée d’été. L’air était irrespirable, étouffant. C’est la première fois que j’ai la sensation de me noyer dans l’air, et le guide qui m’accompagne me précise que je ne suis pas le premier à lui faire cette remarque.

C’est la cinquième journée que j’erre dans le marais depuis que mon guide s’est fait happer par une… créature des marais. Je n’arrive pas à distinguer tel arbre d’un autre, la mousse les recouvre pratiquement tous. J’ai tellement peur de tomber sur ce qu’il appelle une sorcière.

Pourtant cela n’a pas été le cas. Elle en avait simplement l’apparence. Petite, rabougrie, la main droite raide et inutilisable, elle m’a adressé un sourire édenté et m’a guidé vers sa cabane pour rompre le pain.

L’intérieur, douillet et confortable, était en complète opposition avec l’aspect décrépi et sale de sa masure. Elle me mena au coin du feu où brûlaient des briques de tourbe. Avec un sourire énigmatique, elle me tendit une fiole où flottaient de mystérieuses nuées argentées. Curieux, je les portai à mes lèvres… Mais cela ne se buvait pas. C’était une de ces essences qui se respirent.

Un tambour se met à battre doucement, semblant venir du dehors comme du dedans. La voix de mon hôte résonne partout dans la pièce, dans mon crâne. Elle s’infiltre en moi, et j’y entends la symphonie du monde. A côté de moi, apparaît une jeune fille à la beauté surprenante. Un visage se superpose au sien, couvrant ses traits juvéniles et colorés par ceux d’une femme ridée au regard austère. Les deux femmes me rendent un sourire, l’un frais et coloré comme le printemps, l’autre sec et froid comme l’hiver. Mon regard retourne sur la tourbe brûlante, devenant incandescente. Chaque flamme est une note, toutes semblent se marier avec la musique de la vieille femme…

Petit à petit, je tente de concentrer mon regard sur la jeune fille. Elle n’a plus deux, mais trois visages. La jeune fille, la vieille femme, et un … mort et sec, le masque parcheminé d’un être dont on n’a pas l’impression que l’âme ait quitté le corps, dont l’enveloppe a été conservée et traitée pour le reste des temps.

Les trois femmes s’expriment par une seule voix, lointaine mais sans violence. Et plus les mots s’insinuent en moi, plus je me sens quitter mon corps. Et mes yeux se ferment.

A leur ouverture,  je marche par-dessus l’eau. Quelle étrange sensation, de se sentir chancelant sans pour autant tomber ! Lentement, le doigt de la femme-morte se tend, il me montre sa terre. Une bulle se crève à la surface de l’eau, une petite créature ailée en sort et joue avec les volutes de gaz. Là-bas, plus loin, un étrange animal se tenant sur ses jambes arrières tente de dérober la proie d’un crapaud-buffle de sa patte crochue à trois doigts. Puis un grand bruit se fait, et quand je tourne la tête, je vois une femme étrange, vêtue de noir, blanche comme un linceul. Elle me fixe en retour, ses six bras décrivant des arabesques argentées pointant dans ma direction. Ses mots sont murmures, et ils dansent autour de moi avant d’être engloutis par le silence.

Trois jours plus tard, j’ouvre enfin les yeux, une fraicheur agréable sur le front. A présent que je quitte les terres humides et me rend vers les pics enneigés, je reste persuadé que j’ai vu bien plus que le simple voyageur des marais que j’espérais déjà être.

Rorkals ou la migration d’une nouvelle race – PA§1

Les hommes sont bizarres, prêts à accepter toutes difformités ou handicaps possibles tant qu’ils font partie de leur entourage proche ou de leur communauté déjà établie. Pourtant depuis que ces êtres à la peau bleue ont fait leur apparition, il s’en est suivi un nombre d’atteintes important à leur intégrité physique dans un grand nombre de communautés.

J’ai d’ailleurs fait l’objet de ces manifestations de violence, et je dois avouer que le sentiment de rejet ressenti est particulièrement désagréable. Cela m’a d’ailleurs valu de rester du côté ouest des volcans pendant de longues années, et d’ainsi vivre parmi les disciples du Roy Bleu… mais cela a déjà été l’objet d’un de mes écrits.

Bien que la majorité des représentants des rorkals se trouve dans les tribus du nord de la mer du bord du monde, il ne faut pas négliger leur présence ailleurs.

Les Aegriss Kjafta ont regroupé toutes les tribus du nord du Pays des Brumes sous leur bannière et suivent le Roy Bleu depuis que le Kfar lui a donné son titre. Les différentes tribus sont exclusivement constituées de rorkals, et les humains sont parfois même rejetés par les plus intégristes.

Les Nepohlvani quant à eux les tolèrent dans le sud, tant qu’ils ne vont pas en mer pour éviter des tensions avec les Olaphs Gerrys.

Les passeurs de lave les accueillent à bras ouverts tant qu’ils ont reçu l’appel de la montagne.

Les golygydds les ont également bien accueillis, tant qu’ils arrivent à monter à cheval et qu’ils se plient aux lois de la harde.

Pour autant, le Royaume qui en accueille le plus est Tourbebrune, en raison de leur grande amitié avec les passeurs de lave qui facilite le passage depuis le Pays des Brumes, et du fait qu’ils ne sont touchés par aucune difformité des marais.

Ventedru bien qu’étant juste au nord, a fait en sorte de ne pas avoir un seul ressortissant de cette race dans leur rang, par la peur et le sang si cela était nécessaire.

Bien qu’ils puissent inspirer de la peur dans le cœur des enfants, les mestres d’Ormsaint ont fait en sorte que la population ne les pourchasse pas. D’ailleurs, depuis peu, certains ont même réussi à s’intégrer dans des monastères comme copistes et cordistes.

Taleseaux adorant les nouvelles expériences, les rorkals féminins ont longtemps été recherchées pour le frisson, mais maintenant ils font partie intégrante de leur société.

Tombelhiver les acceptent avant tout comme travailleurs forcés dans les mines pour extraire le précieux minerais. Très peu d’entre eux participent pleinement à la gestion d’une cité, pourtant il arrive de trouver quelques rares esclaves émancipés.

Depuis quelques années, les rorkals ont fait leur apparition dans les canyons de Valcourbe et assurent ainsi la protection des plantations.

Malpic n’est pas touché par ces hommes-poissons comme ils les appellent. Heureusement qu’ils vivent haut dans les pics rocheux !

Hautesherbes et Vertebutte ne sont quant à eux que très peu en contact avec un membre de cette race, pour autant les uns comme les autres n’ont aucune raison particulière de les repousser.

La guerre aux portes – PA§1

De cette douce époque où chacun vivait au rythme de son labeur et des saisons, il ne reste plus rien.

Enfin, c’est parce que ça se déplace.

A moins que ce ne soit parce qu’ils aient perdu le chemin.

Je me rendis compte que je me parlais à moi-même alors que mon hôte entra dans la pièce.

 » – Narlack ? Voici votre collation …Mais je vous ai dérangé dans vos pensées et d’après votre mine, cela semble grave…

-Grave ?! Évidemment que cela l’est !

-Imaginez … un village calme, les chants des femmes qui travaillent, les cris des commerçants qui hèlent leurs clients…

Et tout à coup un bruit sourd, un grondement puis un fracas…

Les flammes, la fumée qui approchent…

La vie du village change… en quelques minutes tout est désert… çà et là restent des étals renversés et des reliefs éparpillés…

Chacun a choisi son camp… sa destinée. Certains se sont échappés comme volatilisés, d’autres ont envoyé leurs familles plus loin, peut être en sécurité, avant de rejoindre les troupes régulières…

Mais il est désormais trop tard… voilà le fief face à ce qu’il se racontait dans les bouches des marchands et colporteurs… Et les hostilités vont bientôt démarrer. »

Le temps de reprendre mon souffle, de boire une gorgée de ce breuvage rafraichissant contenu dans mon gobelet.

Je ne savais pas si je devais reprendre mon récit, car j’aperçu dans ces pupilles vives qui me fixaient, un sombre nuage, celui de l’inquiétude des hommes des Royaumes du nord.