Archives de catégorie : Chroniques de Narlack

Mémoire d’un rorkal – PA§2

Ecrits retrouvés sur un bout de peau d’aegriss, flottant dans la mer

Je commence à sentir la mort, mes blessures suintes, mon corps est faible, mais avant de rejoindre l’équipage du Saigneur des mers et qu’il ne reste rien de moi, voici mon histoire.

Je me nomme Eriak, en hommage au dernier orphelin véritable, à notre premier chef, et comme lui je suis un rorkal, mais cela peu le savent encore ; et d’aucun ne veut que cela se sache, car toute la haine, toute la peur ne serait plus rien… ou bien serait tout ce qu’il reste alors.

Lorsqu’Aegea est apparue, j’ai cru en elle ; bien plusq qu’au Roy bleu, et pourtant je sais maintenant qu’elle ne voulait pas de moi, comme elle n’a pas voulu de son enfant difforme. Le Trident s’étiole comme mon esprit… peu de place… peu de mots.

Elle me tortura, comme bien d’autres, des enfants comme des adultes, mais tous des rorkals. Elle s’entrainait.

Mais je lui résisterai, je suis une offrande à la mer sur un radeau, mais mon âme est dans cette bouteille… un espoir perdu ! Tout comme ma vie !

Poème d’un passeur de Lave – PA§2

Montagnes désolées, desquelles dévalent au grès,

Evidemment de tes envies, ô toi Georg le Cramoisi,

De la lave en coulées, tout autant que de corps calcinés.

Ta colère est grande, au milieu de cette lande,

Tu es pourtant vénéré, ici comme ailleurs jamais.

Mais ta fille bientôt te l’a permis, à la fois d’être ailleurs et ici,

Mehina au pic en son sommet, à ses pleurs ne permettra de cesser,

Et de lave seront pour toujours, parés tous deux de leurs plus beaux atours.

Croyances et Cultes, Volume 3 – PA§2

Les golygydds

Cela fait maintenant bien longtemps que je chevauche la plaine aux côtés de nombres de ses habitants. Et en une dizaine d’années j’ai à peine pu faire le tour des nombreuses croyances de ce peuple qui est devenu cher à mon coeur.

Ils peuvent vénérer un dieu ou des ancêtres, des esprits comme des êtres féériques, cependant une base commune à tous revient, même si l’on peut trouver quelques divergences en fonctions des histoires de chacune des hardes.

Leiff le Centaure

Il est leur guide, leur dieu, leur chef, leur général… de nombreux titres que nous pouvons entendre un peu partout résonner dans la plaine et qui lui conviennent tout à fait. Mais il est encore bien plus que cela, il représente leur manière de vivre, de penser et de mourir.

Les golygydds n’ont de cesse de vouloir lui rendre hommage alors qu’il les a abandonnés, voulant par la même occasion prouver qu’ils sont dignes de lui. Seul une faible proportion des chevaucheurs ne sont plus en accords avec cette façon de penser, et bien sûr ils ne le crient pas dans la plaine, mais un chroniqueur averti tel que moi a su déceler, dans les intonations de voix et la gestuelle, quelques désapprobations lors de discours de Plentyn.

Il est représenté sous la forme d’un centaure, un être avec un corps de cheval sur lequel se pose un torse humain. Depuis les débuts de la guerre, les représentations ont évoluées et il est souvent affublé d’un casque portant une hache de bataille à la main.

Ceinwen & Cernun

Je préfère les regrouper sous la même égide car, bien qu’ils soient deux entités distinctes dans toutes les hardes, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ne sont qu’une seule et même entité. Tour à tour frère et soeur ou amants, ils sont indissociables.

Cernun

Il est le plus souvent nommé le chasseur cornu, et ses représentations ont à minima des bois de cerf sur la tête. Il est capable de chasser n’importe quel gibier et peut parfois être celui qui tue pour le plaisir. Il représente l’essence même d’un golygydd, et il est dans la parfaite lignée de Leiff.

Lorsqu’on rencontre un cerf, il est convenable de le saluer car on ne sait jamais si ce n’est Cernun qui pourrait se transformer.

Ceinwen

Elle représente l’attirance et l’idéal de chaque homme golygydd, mais gare à celui qui partagera sa couche car il n’y survivrait pas ; telle est une croyance commune attisée par les rares peaux tannées humaines que l’on peut de temps à autres retrouver dans une quelconque clairière de la plaine. Elle revêt deux apparences celle de l’attirance et celle de la colère, et n’est plus représentée pareil, dans le premier cas elle n’est vêtu que d’une simple mousse ou d’une armure légère, dans le second elle est prête pour aller tuer les ennemis des goylgydds.

Betse

Elle est l’image commune de la mort ou de son agent, celle qui aide à faire passer les souffrances, à les oublier. Le point commun de ses représentations est qu’elle est toujours affublé d’un quelconque moyen de s’élever dans les airs, que ce soit en se transformant, en ayant déjà des ailes, ou bien en se faisant porter par des nuées de corneilles.

Elle n’est pas mauvaise, elle fait ce qu’il doit être, sans aucun état d’âme.

Tarnuelle

La sensualité parfaite dans des formes féminines parfaites, des danses envoûtantes capables de faire perdre à chacun la notion de temps et de lieu. Nombre sont ceux qui sont mort après avoir dansé avec elle jusque dans sa couche, exsangue de toute once de vie, épuisé jusqu’au dernier souffle, mais tellement heureux que la vie ne valait plus d’être vécue. Elle représente la fertilité féminine, et elle peut être représenté par une biche ou une chèvre indifféremment.

Elle est d’une beauté froide et tellement explicite, elle est vénérée par tous les golygydds qui content ou dansent le conte.

Ehusse

Il était le plus grand d’entre eux, celui qui a appris aux premiers tatoueurs à écrire la voix du centaure. Certains sont capable de lire ces merveilleux tatouages, d’autres ne savent les apprécier, ce qui est sûr c’est que si vous vous retrouvez sur votre corps un tatouage dans une langue inconnue effectué par un tatoueur golygydd, il est fort possible que Ehusse est choisi de vous faire passer un message ou que vous lui serviez de messager.

Il est représenté sous les traits d’un vieillard aveugle dont le visage est recouvert de tatouages changeants au gré des étoiles.

 

Mapun

Parfois caché, d’autres fois encensé, Mapun ne laisse personne indifférent. Il est celui qui corrige le mauvais par la force, il est celui qui dirige par la force, il est celui qui tue de ses poings. Il représente la fertilité masculine, et il est souvent représenté affublé d’un bouc, ou en étant lui-même un pourvu d’énorme cornes et attributs.

Il est la lame vengeresse qui ne se réveillera que si les golygydds échouent, ou si Leiff n’est plus, alors Mapun apparaîtra et remplira les bras de Betse des têtes des vaincus.

Ninen & Nenin

Ils représentent l’image du conflit intérieur en chacun de nous. A la fois unique et plusieurs, ils ne sont plus tant vénérés que cela, mais nous pouvons toujours entendre que quelques uns leur gardent une place, notamment les enfants jumeaux. La croyance veut d’ailleurs que les jumeaux ne s’entendent jamais, et afin qu’il n’y ai aucun conflit de famille plusieurs options sont faites en fonction des hardes: soit les deux enfants sont tués (option choisie dans la plupart des cas quand les enfants sont du même sexe); soit les enfants sont séparés jusqu’à leur âge adulte puis ils sont mariés afin que Ninen et Nenin ne fassent plus qu’un dans leur progéniture.

La Grande Ost

Elle était composé de dix esprits cavaliers, regroupant homme et femme, et ce sont ceux qui cherchaient le réunificateur et qui l’ont emmené sur la voix des hardes. Cela fait maintenant vingt ans que plus personnes n’a vu une apparition de la Grande Ost, mais nombreux sont ceux qui espèrent que les voir à nouveau afin de prendre part à la bataille qui fait rage au sud des plaines.

Lueurs du Sud – PA§2

Quels changements en dix ! Les vertes collines de Vertebutte accueillent maintenant quelques couleurs rouges flamboyant éparses. Les grognements des ours ont fait place aux crépitements des flammes.

Et malgré ce qui devait être une joie, je n’ai jamais connu peuple aussi triste. Les plus aventureux tentent leur chance encore plus au sud, vers une terre inexplorée mais ô combien inaccessible, ce canyon béant n’en est que la première épreuve physique mais des autres nul n’en connaît la teneur.

Pourtant depuis le sommet de certaines collines, lorsque le vent du sud se lève, nous pouvons entendre, comme j’ai pu le constater, des bruissements, comme des râles. Et encore plus rarement vers le printemps et à l’automne, nous pouvons apercevoir des lueurs dansantes sur les courants d’air chaud, se mêlant au sable que la tempête peut emporter. Les nuits sont alors illuminées pendant quelques temps et les habitants des grottes sont bien heureux d’y rester, car on raconte que respirer ce sable entraîne les enfants dans des profonds sommeils.

Point d’eau – PA§2

Jour 23 du mois des conquêtes.

Partout où mon regard se pose, je ne vois que mort et désolation, des hommes comme des femmes, des golygydds comme leur proie, tous entrelacés dans la mort… Je ne peux me résoudre à les laisser ainsi, surtout les enfants.

C’est ainsi que je me retrouve en train de poser des cailloux sur les corps pour éviter que des charognards ne les tuent un peu plus ou que d’autres ne meurent… je ne sais pas encore, je ne sais plus… j’en ai tellement vu en si peu de temps. Autant de lieux différents pour voir les mêmes scènes se répéter… inlassablement.

Il faut se souvenir de ce temps, comme des autres, la vie était belle, je m’en souviens. Elle ne l’est plus, je le sais.

Je ne suis ni golygydd ni de Ventedru, et pourtant Lorwin me fait autant souffrir que si je faisais partie de son peuple ou de ses ennemis. Je ne peux me résoudre à accepter ce retour des dieux, pour ce qu’ils font subir aux autres.

Mais la route est longue encore, et il faut vraiment que je trouve un autre point d’eau, celui-ci est responsable de trop de perte…

 

Jour 26 du mois des conquêtes

Cela fait maintenant trois jours que j’ai quitté mon dernier point d’eau. Je n’ai pas repris la plume depuis, si peu de force dans mon corps. J’ai bien fait de me rationner, et malgré cela je pense que je commence à perdre pied.

Je les entends me murmurer sans que je ne comprenne leurs mots. Dès que je ferme les yeux, je vois leurs regards vitreux se poser sur moi. Je savais que je n’aurais pas dû toucher à cette eau !

Maintenant j’entends des râles… écrire me réconforte, mais ne m’aidera pas contre eux.

La guerre en marche – PA§1

Après mes incursions en Tombelhiver, mes pas m’ont porté vers les grandes steppes au nord, bien plus au nord. J’entendais des rumeurs sur des rassemblements de plusieurs haras, de grandes hardes de chevaux étaient en train de se constituer. J’étais très curieux de découvrir ces peuples nomades, d’autant plus qu’il n’y avait aucun échange entre les gens d’Erheness et ceux vivant au nord de ces contrées. Sans doute parce que leurs seuls rapports depuis quelques siècles sont basés sur des escarmouches et quelques regards en chiens de faïence.

Au vu de la réputation que les hommes de ces terres leur ont taillé, j’avais un peu peur de ne pouvoir revenir avec la totalité de mon intégrité physique, mais depuis le temps que je foule ces terres, j’avais bon espoir que mes capacités à me mêler aux hommes sauraient me tirer du mauvais pas dans lequel je risquais de me fourrer.

C’était il y a vingt ans à compter de ce jour. J’ai erré un bon moment durant, perdu dans les grandes herbes qui m’arrivaient aux genoux, dans la plaine, déserte de la moindre présence humaine. Par chance, je portais un chèche de Ventedru, bleu vif, et ma personne était visible de très loin. C’est ainsi que les monteurs m’ont trouvé. C’était un groupe très restreint, de huit personnes au grand maximum. Leur méfiance était palpable, rien qu’à leur façon de tenir leurs rennes en approchant de moi.

Après quelques échanges, je parvins à les convaincre de ma bonne foi, mais le fait qu’une fois mon chèche enlevé mon visage soit celui d’un rorkal y était pour beaucoup. J’intégrai alors leur petit groupe pour quelques temps. La vie parmi le peuple des chevaux est très simple, assez semblable à celle des chariotteurs par beaucoup d’aspects. Il est presque amusant de se dire que ce sont également les deux peuples qui se sont le plus battus de l’histoire de ce contivent. Il y a beaucoup de choses qu’ils ont tenu à cacher. Ils sont très méfiants sur leur culture et leurs savoirs. Cependant, de bonne grâce, ils m’ont expliqué qu’ils se rendaient à un grand rassemblement, assez exceptionnel au vu de leurs habitudes. Il fallut deux semaines à mon groupe pour rejoindre l’ensemble du clan dont ma troupe faisait partie, puis une semaine de plus pour arriver au grand rassemblement. Celui-ci s’organisait sur les terres de chasses de la Cyntaf, dans Gaer Ectalis. Ses membres, attentifs et méfiants, s’assuraient qu’aucun débordement malencontreux ne se produirait tout le temps de cet évènement. En effet, le peuple des chevaux a la réputation parmi les sédentaires du sud d’être belliqueux, mais ce n’est pas infondé. Même entre eux, ils se battaient beaucoup.

Le rassemblement s’est fait avec nombre de festivités. Certains dansaient autour du feu, d’autres organisaient des jeux d’adresse aussi dangereux que futiles, beaucoup riaient, mais j’en voyais d’autres qui, moroses, fixaient les flammes du grand feu, et dont le fil des pensées semblait rythmé par les battements des tambours tribaux qui emplissaient l’air d’un pouls inhumain et puissant. Des chamans chantaient, des initiés tremblaient, puis s’effondraient, les yeux vides, le corps vidé de leur esprit, parfois pendant des jours avant qu’ils ne reviennent et ne racontent des histoires et des rêves hallucinants. J’ai été trempé dans un véritable fleuve de pensées, de cris, de mots, de combats rituels, de courses, jusqu’au point culminant, au bout de sept jours. Alors que toute la semaine avait été bruyante, animée, voilà qu’un silence de mort s’était abattu. Toute l’assemblée se sépara alors en deux, laissant passer un enfant portant une peau de céléron sur les épaules. Il était petit, chétif, mais ses yeux brillaient d’une volonté inhumaine. Je ne savais qui il était, mais pourtant, je me sentis ployer sous mon poids et poser le genou en terre.

Derrière lui, je voyais les chefs de clan marcher. Il monta sur une estrade, visible de tous, et parla. Immédiatement, mon sang s’enflamma.

Panthéon – PA§1

Jour 155 de l’année 186

J’ai vraiment passé du temps à arpenter les contrées et essayé de comprendre la hiérarchisation des dieux. Cela a déjà été compliqué au vu du grand nombre de clergés et de croyances. Pourtant à force de patiente, d’écoute et de bon sens commun j’ai pu dégager un schéma simplifié.

Jour 210 de l’année 227

Mes conclusions ont été remises en questions par les différentes personnes que j’ai pu rencontrer. Cependant je dois être sûr de ce que je vais coucher sur mon parchemin.

Jour 58 de l’année 289

Enfin je peux me permettre de griffonner mes déductions sur mon vélin.

Panthéon humains

Rendre hommage à Pyldor – PA§1

La réunion des enfants de Pyldor se tient actuellement. Dans une immense pièce, des enfants, des femmes, des hommes sont rassemblés. Un peu tout le monde, beaucoup de rires, beaucoup de discussions. Quelques groupes commencent déjà à chanter. J’ai eu la chance de me faire inviter à une de ces séances alors que je me rendais dans l’un des bains principaux du pays. Une jeune femme n’y travaillant pas, mais à la cuisse légère, m’a accueilli chez elle et m’a parlé un peu de cette communauté.

J’étais trop curieux de découvrir ce qui pouvait se passer ici … c’était une nouvelle religion qui se créait… Dans un pays comme Taleseaux où les maîtres de l’abîme sont à ce point vénérés, j’avais du mal à envisager que d’autres cultes existent et soient tolérés aussi légèrement. Ma compagne d’une semaine m’a expliqué rapidement la situation. Beaucoup de gens vont et viennent dans les bains. Les Rorkals, par exemple, sont des curiosités exotiques qui attirent les clients en manque de sensations fortes. Or, ces gens, pour certains, ne vénèrent pas du tout les mêmes dieux que ceux du clergé séculier. De fait, la conduite générale, au final, est que chacun est libre de vénérer qui il veut, tant qu’il le fait discrètement chez lui et qu’il se rend aux offices rendus à Aegea et Kerrag. Quand je pense au Tribunal en Ventedru, et à ce pauvre homme qui a été traîné derrière un chariot après avoir eu les articulations brisées pour avoir été surpris en train de prier Pyldor, le contraste me surprend. Etrange, d’ailleurs, qu’un pays aimant tellement ses dieux rejette leur fils avec autant de hargne.

Très surprenant également, c’est l’attitude d’Ormsaint vis-à-vis de ce culte. Alors qu’ils sont réputés faire preuve d’encore plus de prosélytisme qu’à Ventedru, ils ont décidé d’accueillir la tête du culte au nom de l’asile politique face à un massacre barbare. Je me demande bien comment les fanatiques d’Azuroth font avec ce culte tourné vers la famille et le chant …. Je me rendrai peut être là-bas pour voir.

Ici à Taleseaux, la vie au sein du culte semble être douce. Beaucoup des artistes du pays y ont adhéré au nom de la fibre artistique. L’ambiance semble gaie et rieuse. Je vois au fond quelques couples qui s’embrassent et finissent par s’enlacer dans une étreinte à la foi fougueuse et rythmée.

Voilà la prêtresse qui s’avance. Vêtue très légèrement, elle semble jeune. Sa voix, claire et cristalline, s’élève jusqu’au plafond de la pièce. Le silence se fait immédiatement. Tout le monde se rassemble, couples, femmes, vieillards, prostituées, guerriers… Tous ceux qui sont venus prier et partager. La voix de la prêtresse s’élève. Sa beauté, sa justesse me prennent aux tripes. Sans que je ne m’en rende compte, mes joues s’humidifient, ma gorge se serre. Puis, sans signes avant-coureurs, une voix, deux, dix, s’élèvent. Certains sourient et ne chantent pas, d’autres semblent déjà en transe. Tous sont en cercle, les mains jointes à celles des autres. L’air entre en vibration.

La cérémonie a duré une demi-heure. Ensuite, les gens se sont séparés. Un groupe d’artistes, les plus nombreux dans l’assemblée, sont restés ensemble et ont commencé à sortir leurs instruments et improviser un morceau. La soirée s’est terminée ainsi, un feu a été allumé dehors et tout le monde a partagé sa pitance, a dansé, a mangé… Comme une grande famille sous le regard bienveillant de la prêtresse qui surveillait, un sourire mystérieux sur les lèvres.

Mal-nés – PA§1

Au sud du Pays des Brumes, à la naissance du littoral, au détour d’un chemin tortueux, loin de tout et de tous, se dresse un bâtiment austère se confondant avec le paysage.

Un orphelinat.

Pourtant lorsqu’on s’en approche …Rien, il n’y a rien qui permet de le deviner…pas le moindre rire, pas le moindre cri…Une sorte de murmure mais rien de plus.

Cette institution, dirigée par des volontaires de la communauté et par ses anciens bénéficiaires, n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis une centaine d’années.

Voyant arriver par vagues, suites aux mouvements des contivents, les orphelins de la mer, comme on les appelait autrefois, ainsi que les derniers nés des familles ne désirant pas garder à leur charge les enfants mal-nés.

Ce sont en effet, toutes les malformations et horreurs de la nature, que portent ces enfants… certains ont réchappé de peu au sacrifice de leur vie. Peut-être que, finalement, cela n’aurait pas été plus mal.

C’est que le clergé est débordé par les abandons. Comme si les dieux, lassés des prières et rituels n’avaient plus envie de répondre et de soigner les enfants dès leur naissance. »

Les vents de Ventedru – PA§1

En sortant des marais, j’ai poursuivi ma route vers le nord. Je voulais savoir si les aigles de Malpic sont aussi monstrueux que ce que l’on raconte. Mon soulagement fut grand lorsque, quittant les fondrières, je retrouvais un grand ciel pur et des plaines balayées de vent et de lumière. Quelle résurrection après un long séjour dans l’air lourd, sombre et humide des marais !

Mais le chemin à parcourir était long, et j’étais à pied. J’amorçai mon chemin vers les pays frontaliers, quand, soudain, venant de l’horizon, je vis une grande voile qui progressait vers moi. Après le premier choc d’apercevoir une voile là où il n’y a pas de mer, je dû bien me rendre à l’évidence et accepter que cette chose étrange ne soit pas un mirage né de mes fantasmes.

La voile était en réalité un immense chariot à roulettes, poussé par les vents et mené par un homme étrange au visage recouvert d’un tissu. Celui-ci, après m’avoir aperçu, obliqua dans ma direction. Après quelques mots échangés, il me proposa généreusement de me prendre à son bord lors de son trajet, et moyennant un coup de main apporté au sein de son équipage, il me déposerait, plus tard, à la fin de son expédition, à la frontière de Tombelhiver . Estimant là une chance de découvrir un peu cette étrange embarcation, et voir un peu plus de ce pays constitué d’une gigantesque plaine de joncs, j’acceptai avec plaisir.

Durant le trajet, j’ai, plus d’une fois, pesté contre ce choix hasardeux de ma part. Mon généreux compagnon de route s’avérait être un dangereux suicidaire. Plus tard, j’apprendrai plus en détail ce que sont les chasseurs de tornades, mais sur le coup, j’eu bien cru avoir affaire à une personne ayant décidé de rejoindre le froid girond d’Azuroth, comme ils l’appellent, en emportant son chariot et ses subordonnés avec lui. J’ai vu trois tornades de l’intérieur, et j’ai cru mourir six fois. Au moins.

Plus on approchait de la chaîne de montagnes séparant les Hauts Plateaux du Pays des Brumes, plus les vents et les tornades se faisaient forts et violents.

Maintenant au pied des montagnes, je comprends leur présence. Le paysage est démentiel, une véritable déchirure dans les cieux. Les montagnes vomissent en permanence des coulées de lave et des panaches de fumée noire chargés de cendres, de poussière et de souffre. Elles sont tellement nombreuses que, par endroits, le ciel est d’un tel noir d’encre que le soleil ne passe plus. J’ose à peine imaginer ce qui est capable de survivre sous une telle chape de plomb.

Face à un tel spectacle, je ne comprend pas que Ventedru soit un tel pays empli de lumière et à l’air si pur, mitoyen de cet enfer, jusqu’à ce qu’une tornade ne surgisse de nulle-part et ne balaie les cieux. Les membres d’équipage trépignaient, pas de peur, mais d’impatience. Toutefois, le mât principal ayant souffert de la dernière incursion dans une des petites sœurs du monstre venteux que j’ai sous les yeux, le chariot est au repos forcé, ce qui me laisse ainsi la chance de pouvoir admirer ce prodige de la nature bien en sécurité et surtout… de loin.